Les Théâtres de la Ville de Luxembourg

#71 CYRANO DE BERGERAC

Edmond Rostand

[FR] Cyrano est comme un trait de flamme traversant le ciel théâtral - un coup de foudre. Une grande histoire d'amour, bien sûr, entre ses protagonistes - mais aussi entre une oeuvre et son public. Dès sa création, l'oeuvre est déjà considérée comme un sommet du genre. Pourquoi donc Cyrano est-il cette pièce en laquelle tous, tout de suite, ont voulu se reconnaître?

Peut-être parce que ce chef-d'œuvre de pyrotechnie verbale (où l'alexandrin dramatique, soit dit en passant, jette ses tout derniers feux) est comme un autoportrait assumé - jusque dans la caricature - de ce qu'il est convenu d'appeler «l'esprit français». Se mesurer à Cyrano, c'est vouloir approcher cet «esprit», que ce soit pour le célébrer ou pour l'interroger. Sans compter, bien entendu, le fantôme du véritable Cyrano, Hercule Savinien Cyrano de Bergerac, blessé en 1640 au siège d'Arras, auteur d'une comédie, d'une tragédie, et de deux romans de quasi science-fiction, avant de mourir en 1655 à trente-six ans. Mais le drame de Rostand ne reconstitue pas une époque: il la reconstruit et la rêve, pour y intégrer la biographie exemplaire et baroque d'un martyr de la vivacité, de la galanterie et de la verve «nationales», perdant magnifique et d'autant plus fascinant que toutes ses qualités sont le fruit d'une sublime volonté d'art.

Est-ce cette volonté qui a retenu l'attention de Dominique Pitoiset? Depuis toujours, le directeur du TnBA est sensible aux identités qui se bâtissent en doutant d'elles-mêmes, poussées en avant, telles Oedipe, Alceste ou Willy Loman. Or Cyrano, lui aussi, conquiert sa signature à force de volonté, à la pointe de son épée et de sa plume - voire peut-être à la pointe de son nez… C'est que cet appendice célèbre entre tous, ce pic, ce cap, cette péninsule, n'est pas simplement une fatale disgrâce dont le héros serait affligé de naissance. Plus profondément, il est aussi selon Pitoiset le signe et le moyen d'une différence monstrueuse qu'il a voulue comme telle, aussi peu naturelle et aussi assumée que le serait un postiche fièrement brandi comme un défi à la face du monde. Cyrano, laid et poète, poète parce que laid, se veut donc laid pour être poète. Cyrano, né de l'excès, est donc toujours «trop» Cyrano, superlativement drôle, incomparablement brave - toujours en représentation.

Pitoiset, en somme, n'est pas loin de soupçonner que Cyrano est à la fois l'acteur et le véritable auteur de sa propre pièce: un fou si persuasif qu'il faut bien finir par lui donner raison. Autrement dit, que Cyrano est l'un des noms du théâtre. Pour assumer un nom pareil, il faut un interprète hors normes; Pitoiset a fait appel à Philippe Torreton.

Daniel Loayza (22 mars 2012)

» Le nez de Torrenton […] déconstruit son visage plus qu'il ne le défigure. C'est une véritable corne d'abondance qui sert de réservoir aux alexandrins du poète qui coulent de source comme un catarrhe nasal, comme un perpétuel et étonnant éternuement. Torrenton est un torrent verbal et, en Gascon bon vivant, goûte les vers autant que les verres. Dans la tirade du nez, il casse les rythmes et la baraque, change les intonations, inverse les sentiments et, en faisant des bonnes plus que des tonnes, fait des pieds de nez à nos attentes complices […].d'Lëtzebuerger Land.

» Dans la lignée remarquable des Belmondo, Depardieu et Weber, Philippe Torreton, charismatique, énergique, intraitable et en même temps humble à souhait, casse vraiment la baraque. Avec élégance et force, il marque le caractère indépendant du Gascon, ne pliant pas genou devant les sommités et ne redevant aucun merci aux ambitieux et carriéristes. Se voulant âme simple et sans importance, il ne garde que la fierté de ses actes librement choisis, ceci avec panache. Nargué et discriminé pour son nez, simplement proéminent, le Cyrano de Torreton se fait défenseur de tous les handicapés, aliénés et malchanceux de nos sociétés, lesquelles prônent malheureusement le paraître devant l'être. Tageblatt

» Au-delà de l'amoureux condamné à l'incognito, de l'homme d'esprit décochant des flèches acérées parfaitement versifiées, ce qui semble passionner Dominique Pitoiset est de faire de Cyrano le frère de l'Alceste du « Misanthrope », intraitable dans son refus de la servilité des courtisans, méprisant le conformisme et la médiocrité. […] Dans l'idée que la vraie action est dans le verbe, il met en scène des personnages touchants et décalés, des Cyranos modernes revivant, à leur échelle, l'épopée de ce héros romantique à la fois grotesquement laid et sublime dans son éloquence. Luxemburger Wort

» La mise en scène est d'une grande intelligence. Les comédiens aguerris réunis par Pitoiset changent de peau avec brio. Les Echos

» Son Cyrano est le héros qui se dresse quand le monde autour est las, désemparé. Il est en totale complicité avec la mise en scène de Dominique Pitoiset, qui ose éloigner "Cyrano de Bergerac" de toute imagerie d'ordinaire attachée à la pièce. Pitoiset la monte dans un décor unique, un lieu impersonnel , carrelé de blanc, qui évoque la salle commune d'un asile ou d'une maison de retraite pour vieux artistes. Le nouvel observateur

» Les grands moments de la pièce, les morceaux de bravoure ou d'émotion, sont tous là : la scène avec Montfleury, la tirade du nez, le duel et sa ballade, même s'il se transforme en empoignade de voyous, la première entrevue avec Roxane, la scène du balcon évidemment, la scène finale etc. Mais, surtout, la façon dont Torreton interprète son personnage lui confère, pourrait-on dire, un surcroît d'humanité. Lestroiscoups.com

 

Avec
Philippe Torreton Cyrano
Maud Wyler Roxane
Patrice Costa Christian
Daniel Martin De Guiche
Jean-Michel Balthazar Regueneau
Bruno Ouzeau Le Bret
Martine Vandeville La duègne, Lise, Un poète, Un cadet, Mère Marguerite  
Jean-François Lapalus Montfleury, Carbon de Castel-Jaloux, Un poète, Une sœur
Gilles Fisseau Lignières, Un pâtissier, Un poète, Un cadet, Une sœur
Nicolas Chupin Valvert, Un pâtissier, Un poète, Un cadet, Sœur Marthe
Adrien Cauchetier Un fâcheux, Un pâtissier, Un poète, Un cadet, Sœur Claire

Adaptation & mise en scène Dominique Pitoiset
Assistants à la mise en scène Marie Favre & Stephen Taylor
Dramaturgie Daniel Loayza
Scénographie & costumes Kattrin Michel, assistée de Juliette Collas
Lumières Christophe Pitoiset
Travail vocal Anne Fischer
Bagarre chorégraphiée par Pavel Jancik
Coiffures Cécile Kretschmar
Réalisation du nez Pierre-Olivier Persin

En tournée
Régie générale
Nicolas Julliand
Régie lumière Benjamin Bouin
Régie plateau Laurent Lafont
Régie son Manu Léonard
Régie vidéo Guillaume Mercier
Habillage Charlène Cadiou
Maquillage Marina Lesage

Avec l'aide de toute l'équipe du TNB 

Création au Théâtre National de Bretagne - Rennes le 5 février 2013

Production déléguée Théâtre National de Bretagne - Rennes
Coproduction Théâtre national de Bordeaux Aquitaine, MC2 - Grenoble, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Espace Malraux - Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie, Centre National de Création et de Diffusion Culturelles de Châteauvallon, Théâtre de Saint-Quentinen-Yvelines - Scène nationale

Avec l'aide de toute l'équipe du TNB 

 Vendredi 17 MAI 2013 à 20h00 (tickets)
Samedi 18 MAI 2013 à 20h00 (tickets)

DURÉE environ 2h35 (pas d'entracte)

Adultes 25 €, 20 €, 15 € / Jeunes 8 €

Lieu: Grand Théâtre / Grande Salle

 [TICKETS]2013-05-17 20:00:00 13423+2013-05-18 20:00:00 13424