#62 ANIMAL(S)

Deux pièces zoologiques en un acte d’Eugène Labiche:
«La Dame au petit chien» ET «Un Mouton à l’entresol»
En français

[FR] «Le vaudeville est la seule tradition théâtrale encore vivante en France», s’est exclamé un jour Benno Besson. Une affirmation étrange. Pourquoi ne pas la prendre au mot.

Ces deux pièces en un acte sont d’abord l’occasion de mettre les pas dans ceux de Labiche: surveillé par la censure d’un Second Empire qui s’enivre de divertissements agréables, il y deploie habilement satire et métaphysique. C’est aussi l’occasion d’interroger un type particulier, celui de «l’acteur comique à la française».

Ce théâtre-là est un art du corps dans tous ses états: corps-marionnette, agité, agissant et agi, joué par des forces obscures internes (l’inconscient) et externes (l’Histoire). Corps déchaîné, bondissant, empêché, malade; corps impuissant; corps étouffé, névrosé, contraint, encombrant, mécanisé; corps maladroit, qui casse et se casse; corps désirant, exubérant; corps siège de la contradiction entre le désir et la volonté; corps symptome…

Le vaudeville implique des acteurs qui sachent chanter. Labiche va en effet du parlé au chanté, en passant par toute une palette de locutions qui font de la voix l’expression de l’indicible: cris, sons, respirations, mots qui buttent, qui redoublent, lapsus... un ensemble de «matériaux» qui composent la partition vocale de ces pièces courtes.

Scénographiquement, il convient d’arracher Labiche au salon bourgeois du XIXème siècle, en lui substituant un espace contraignant unique, non figuratif, le même pour les deux pièces. Par ailleurs, l’homme de Labiche, condamné à l’agitation vaine, vit dans un monde «vide» de sens, où l’on préfère toujours la forme au contenu. Dans ce théâtre où l’on rit de «rien» perce une étrange mélancolie: dans la mécanique folle des pièces, un rouage se brise parfois, laissant entrevoir une humanité désesperée et languissante.

La Dame au petit chien et Un mouton à l’entresol explorent un même motif : le parasite. Dans La Dame au petit chien, Roquefavour, un jeune artiste plein de dettes, décide de s’offrir, lui et ses meubles, en gage à son créancier stupide, Monsieur Fontenage: il s’installe ainsi confortablement chez le bourgeois et gagne un logement sans avoir à rembourser sa dette !

Dans Un Mouton à l’entresol,  Falingard, un pseudo-domestique, se fait engager chez Fougallas, mais ce n’est pas pour le servir : il profite du logis du maître pour mener de macabres expérimentations animales... Le débiteur Roquefavour et l’inquiétant apprenti vétérinaire, Falingard, mettent ainsi en place une véritable stratégie du coucou: ils font leur nid chez le bourgeois et jouissent de ses biens jusqu’à prendre sa place.

» Tout à fait jubilatoire. Luxemburger Wort

» Avec une précision d’horloger, Jean Boillot officie sa mise en scène ; tout jubile dans ses tableaux [...] Nous ne pouvons que saluer cette création [...] et applaudir toute l’équipe artistique. Ce spectacle agit en véritable purge, une véritable saignée de la grisaille quotidienne. Nous rions, nous gloussons comme des poules ou des coqs en bénissant Labiche. Le Monde.fr

» Jean Boillot, dans une scénographie transformiste originale (Laurence Villerot) organise magistralement ces deux satires scéniques endiablées, jusqu’à la verticale. Vrai ! On y grimpe au mur [...] Ils sont cinq et l’on dirait qu’ils sont dix, démultipliés qu’ils semblent dans la violente métamorphose d’eux-mêmes en marionnette(s) aux ficelles tirées par un clandestin génie de l’absurde. L’Humanité

» On sait aussi gré à Jean Boillot d’avoir laissé en coulisses les fausses audaces du théâtre du siècle dernier. [...] Se fendre ainsi la margoulette avec un vaudeville qui grince et des renvois de couleurs d’époque, c’est ce qui peut nous arriver de mieux en nos actuels temps fort troublant. La Semaine

» Et c’est bien cette danse des corps qui captive le spectateur entre deux éclats de rire. Une danse qui s’appuie sur la musicalité des textes, une mécanique verbale parfaitement huilée entre rire nerveux, répétitions de mots, apartés, duels verbaux au rythme aussi effréné que la mise en scène. Le Jeudi

[DIS]

Avec
Roquefavour / Falingard Guillaume Fafiotte,
Defontenage / Rampicot Philippe Lardaud,
Ernestine / Marianne Isabelle Ronayette,
Joseph / Fougalas David Maisse,
Julie / Emma Nathalie Lacroix

Mise en scène Jean Boillot
Musique Jonathan Pontier
Dramaturgie Olivier Chapuis
Scénographie Laurence Villerot
Lumières Ivan Mathis
Régie lumière Emmanuel Nourdin
Costumes Pauline Pô
Collaboration artistique Karine Ponties
Assistante à la mise en scène Aurélie Alessandroni
Construction décors Ateliers du NEST
Régie plateau Loïc Depierreux

Production NEST – CDN de Thionville-Lorraine
Coproduction Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
Avec le soutien du TGP à Saint-Denis et de l'ARCAL

Création en janvier 2015 au NES T – CDN de Thionville- Lorraine

 

Mercredi 18 MARS 2015 à 20h00 (tickets)
Jeudi 19 MARS 2015 à 20h00 (tickets)

DURÉE environ 2h00

Adultes 20 € / Jeunes 8 €

Lieu: Grand Théâtre / Studio

[TICKETS]2015-03-18 20:00:00 17802+2015-03-19 20:00:00 17803