
[FR] Quelle force d'interpellation que celle des Justes d'Albert Camus. Ce texte créé en 1949 est toujours une aussi radicale mise en demeure humaine, à un point tel d'ailleurs que certains des premiers spectateurs de cette coproduction du Théâtre National de Bretagne et du Grand Théâtre ont cru que son metteur en scène en avait actualisé le texte.
Ses personnages - issus du réel historique - sont un groupe de terroristes appartenant au parti socialiste révolutionnaire, qui, en 1905, à Moscou, avaient décidé d'organiser un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge. Nous revivons leurs débats passionnés quant au recours paradoxal à la violence pour mettre fin à la violence. Quelles sont les limites de l'action révolutionnaire ; la fin justifie-t-elle les moyens ; « tout est-il permis » ; comment rester « à la hauteur des idées » ? Nous comprenons les exigences de pareil engagement, les dépassements de soi, les renoncements personnels qu'il suppose. Et, répétée, cette affirmation fondamentale que c'est l'amour de la vie et des autres, et non la haine, qui justifie la révolution.
Quels terribles échos les dérives sanglantes des idéologies triomphantes de la seconde moitié du siècle dernier ou les explosions terroristes de nos sociétés d'aujourd'hui ne donnent-elles pas aux mots d'Albert Camus !
Pour Stanislas Nordey, il était capital que ces mots nous parviennent, que nous les entendions et les écoutions vraiment. Et pour cela, il les a absolument théâtralisés. Evitant les pièges réducteurs - « rassasiant » les spectateurs d'une belle histoire - des affrontements psychologiques et des détresses sentimentales (Yanek le pur contre Stepan le fauve ; l'amour impossible de Yanek et de Dora), sa mise en scène apparaît comme une remarquable cérémonie de la parole essentielle, de la parole existentielle, dans la mise en place des comédiens sur l'immense plateau, leurs regroupements significatifs - magnifiques images scéniques - leur gestuelle particulière, leur contrainte corporelle. Rien de désincarné pourtant dans cette approche : ces êtres-là qui se posent les questions les plus radicales, nous touchent.
Il est vrai que Stanislas Nordey a réuni une remarquable distribution : chacun des comédiens y est à sa place. Quant à Emmanuelle Béart, sa « tête d'affiche médiatique », elle « joue le jeu », avec et pour les autres, « simplement », mais sa présence est irradiante, sa Dora incandescente.
» La voilà [Emmanuelle Béart], silhouette sombre et ferme, sur le plateau nimbé d'une ambiance crépusculaire. Elle est impeccable et impeccablement solidaire d'une distribution de haut niveau [...]. [...] une représentation, austère et rigoureuse, mais illuminée par la clarté d'une intelligence qui libère Les Justes du théâtre d'idées daté pour en faire une réflexion sur les idées. Aujourd'hui.
Brigitte Salino, Le Monde
AVEC Emmanuelle Béart, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Wajdi Mouawad, Véronique Nordey, Laurent SauvageMISE EN SCÈNE Stanislas Nordey
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Jeudi 21 OCTOBRE 2010 à 20h00 (tickets)
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