[FR] «La mise en scène de L'Opéra du Pauvre n'est pas à envisager», s'exclamait Léo Ferré en 1983, mais pour relativiser presque immédiatement son propos: «Il est singulièrement rappelé au metteur en scène éventuel qu'il n'en pourra rien changer, de l'esprit et de la forme»! Presque trente ans plus tard, Thierry Poquet, le metteur en scène, et Jean-Paul Dessy, le directeur musical, relèvent le défi. Ils répondent, disent-ils, à une double motivation. D'abord offrir une lisibilité au parcours dramaturgique et musical de l'oeuvre, ce pamphlet en faveur des forces de la Nuit, de l'imaginaire et de la subversion, qui résume la diversité des thèmes qui ont hanté le poète. Ensuite, adapter cette oeuvre aux codes de la représentation d'aujourd'hui, dans une version «spectaculaire» qui convoque autant le théâtre, le cirque, la danse, la musique que le cinéma. À l'oeuvre «totale» de Léo Ferré, ils ont voulu répondre par un spectacle «total»! Et voilà pourquoi cet «opéra» sera représenté par sept acteurs-chanteurs, deux danseurs, un acrobate, douze musiciens et un chef d'orchestre.
Mais de quoi s'agit-il? La Nuit, soupçonnée d'avoir supprimé Dame Ombre, est amenée devant le juge d'instruction. Défilent alors des témoins à charge, mais les preuves manquent. Leurs succèdent de nombreux témoins à décharge. Et ce sont eux, finalement, qui l'emportent.
Un simulacre de procès tenu par des animaux sert de fil conducteur à la narration. La Nuit, poétique, sensuelle, érotique, invite à l'invention et à l'ivresse; elle est la raison d'espérer de l'anarchiste et du poète; elle est un enfant qui n'a jamais connu de loi.
Quant à la partition, elle réalise l'alliage de la musique la plus popisante de son époque, d'un jazz plus en recherche, et de la grande musique classique du début du XXe siècle à travers des figures comme Ravel ou Fauré.
» Vingt-huit ans! Voilà le temps d'attente avant de découvrir sur scène, dans son intégralité, L'opéra du Pauvre de Léo Ferré. Or, tout Ferré se trouve dans ce poème symphonique qui met en scène la Nuit traînée au tribunal pour le meurtre de Dame Ombre.Toutes ses rages, ses obsessions, ses fulgurances, ses mots verts et lyriques, sa partition colorée... Admirablement rendus par la mise en scène de Thierry Poquet qui a bien saisi la modernité de l'œuvre. [...] superbe Arche de Noé qui interroge nos sociétés de l'autocensure, de la morale poussiéreuse, des interdits, des diktats de la Pensée Unique. Le Soir
DIRECTION MUSICALE Jean-Paul Dessy
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Vendredi 10 FÉVRIER 2012 à 20h00 (tickets)
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[DE] Auch wenn Leo Ferré (1916-1993) außerhalb Frankreichs nicht so bekannt ist wie Brassens oder Moustaki: Er gehörte zu den ganz Großen des Chansons. Anarchist und Dichter, Komponist und Interpret: Ferré war keiner, der Hits für ein breites Publikum schrieb, aber seine mehr als 40 Alben weisen ihn als einen der wichtigsten Poeten Frankreichs im 20. Jahrhundert aus. Was kaum jemand weiß: Ferré beschäftigte sich Zeit seines Lebens intensiv mit der klassischen Musik und der Oper. 1983 erschien das Konzept-Album L'opéra du Pauvre, ein poetisches Märchen um eine Gerichtsverhandlung gegen die Nacht, die beschuldigt wird, den Schatten aus dem Weg geräumt zu haben. Die Musik mischt Jazz-Anklänge, Chanson und Pop mit klassischen Stil-Elementen Marke Ravel und Fauré. An eine Bühnen-Realisierung dachte Ferré trotz der Bezeichnung "Oper" nicht - seine Skepsis gegenüber Regisseuren war zu groß.
Drei Jahrzehnte später machen sich nun der Dirigent Jean-Paul Dessy und der Regisseur Thierry Poquet daran, die Opéra du Pauvre mit zwölfköpfigem Orchester, sieben Solisten, zwei Tänzern und einem Akrobaten erstmals in großer Besetzung für das Theater aufzubereiten.
[EN] Composer Léo Férre said back in 1983 that staging his work required that the director change nothing in the spirit or form of the opera. Director Thierry Poquet and musical director Jean-Paul Dessy have taken up the challenge some 30 years later.