
[FR] «Ni salaud lumineux, ni avocat de la terreur»: il est difficile de cerner Jacques Vergès. En effet, tantôt méprisé, haï, tantôt admiré, cet avocat brillant, mondialement connu pour son CV, sur lequel figurent les plus «grands» criminels de notre époque tels Slobodan Milosevic ou Klaus Barbie, ne laisse personne indifférent. Fidèle à sa conviction que tout homme, quel que soit son crime, a le droit d'être défendu, c'est pourtant en toute humilité que Jacques Vergès se livre, sur la scène du Théâtre de la Madeleine à Paris, à un monologue théâtral aux allures d'auto-procès. Sa toute première pièce, ironiquement baptisée Serial plaideur, est porteuse d'une grande leçon d'humanité, pourvu que l'on daigne l'aborder de façon philosophique, c'est-à-dire abstraction faite de tout préjugé.
Afin d'étayer cette entrée en matière, Jacques Vergès conte alors la tragédie d'Antigone de Sophocle, construite à la manière d'un procès, la théâtralité du procès de Jeanne d'Arc, ou encore l'adaptation littéraire du procès d'Antoine Berthet, plus connu aujourd'hui sous le nom de Julien Sorel. Ces procès, rendus respectivement dans l'Antiquité, au Moyen Âge et à l'époque moderne, sont tous trois ce qu'il appelle des «procès de rupture», c'est-à-dire des procès qui confrontent un accusé et un juge se référant à des valeurs différentes, voire antagonistes.
Pourtant, ces criminels du passé sont devenus des héros de l'histoire, du théâtre et de la littérature, et ce, précisément pour leur humanité. Mais Jacques Vergès fait bien plus que de soulever la parenté évidente entre tragédie, roman et procès. Partant du principe que le crime n'existe pas dans le règne animal et que, par conséquent, il ne peut être perpétré que par l'homme, Jacques Vergès met en exergue la part d'humanité inhérente à tout criminel.
Qu'il s'agisse d'Antigone, de Jeanne d'Arc, d'Antoine Berthet ou de Jack l'Éventreur, le criminel reste toujours un homme ou une femme, dont les valeurs, bien que contraires à la loi en vigueur, n'en sont pas moins défendables. Et c'est précisément le rôle de l'avocat que d'assurer leur défense. Car, comme le rappelle Me Vergès, défendre, ce n'est en aucun cas excuser ou justifier un crime, c'est le comprendre.
» Certains spectateurs crient tout à trac «bravo», d'autres «merci». C'est que l'acteur-avocat nous a rendu dans son plaidoyer-monologue une part de notre mémoire commune. Son verbe, peu à peu, devient exorcisme; il hypnotise le public devenu jury d'on ne sait plus quelle cause française perdue peut-être et obscurément retrouvée. L'expérience est étonnante. Et ce théâtre-là, une véritable aventure de spectateur citoyen, juge. Homme du monde. Télérama
» Vergès vendu, Vergès génie, le maître ès polémiques se fait ici avocat d'une profession qui, si elle n'est pas la plus vieille du monde, suscite tout autant de questionnements éthiques… L'homme a pu se tromper, se commettre avec ce que l'opinion nomme l'inexcusable. Il reste pourtant un passionné qui sait parfaitement comment transmettre cette énergie qui l'anime depuis cinquante ans. Là où le discours des politiques sonne creux, celui de l'avocat promu bête de scène renoue avec les principes rhétoriques qui transportaient les foules. Terrifiant à la tête d'un pays ou d'un tribunal, mais impressionnant sur scène. Et c'est là qu'il est. Évene.fr
ADAPTATION Louis-Charles Sirjacq
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Jeudi 22 MARS 2012 à 20h00 (tickets)
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